L’enfant qui battait des ailes.

Publié le 11 Mars 2014

Le weekend dernier dans la pousada dans laquelle nous logions, il y avait un petit garçon qui parlait beaucoup, nous abreuvant de discours axés sur un seul thème. Il avait l’air d’être effrayé par des choses, somme toute banales…il avait l’air bizarre diraient certains. Jusqu’à ce que je le voie sauter sur place en faisant des mouvements de mains répétés : on aurait dit qu’il tentait de s’envoler.

Il m’a alors rappelé un de mes petits élèves autistes (ce qu’il était en définitive), que j’avais en France, lorsque j’enseignais dans une classe spécialisée. C’était sa façon à lui de se retrouver, de prendre possession de son corps qu’il devait parfois perdre un peu en chemin. Ce mouvement m’a toujours attendrie car il ressemblait alors à un oisillon qui aurait voulu s’envoler du nid.

Du monde de l’autisme, la plupart des gens ne connaissent que « les autistes savants », ces Rainman qu’on peut voir dans les reportages du dimanche après-midi. Mais dans la réalité, nombreux sont les enfants atteints de ce trouble, qui ne parlent même pas et sont bien incapables de compter ne serait-ce que 3 cure-dents dans une boîte (pour ceux qui se rappellent de ce fameux passage du film avec le bouleversant Dustin Hoffman). Pour appréhender le monde tel qu’ils le perçoivent, il faut s’imaginer parachuté à la NASA avec pour mission d’envoyer une navette sur mars : on ne comprend pas tout ce langage mathématique si compliqué, ni comment parvenir à notre but, ni enfin ce que peuvent bien nous raconter les experts en aéronautiques qui aimeraient tellement qu’on y arrive. Un monde un peu flou et étrange…

L’enfant qui battait des ailes.

Ces enfants-là sont porteurs d’un trouble envahissant du développement (TED pour les intimes), c’est-à-dire qu’ils n’arrivent peu ou pas à communiquer et leur système sensoriel dysfonctionne de façon plus ou moins prononcée.

Envahis, ils le sont par des tas d’habitudes, de peurs, de manies et autres bizarreries. Mais ils sont surtout attachants avec leurs rituels immuables, ou drôles lorsqu’ils tentent de reproduire des choses qu’ils ont vues, apprises ou entendues. Un de mes élèves, par exemple, fan de Tex Avery, lorsqu’il en avait assez de moi, faisait semblant de s’insurger en prenant la voix de Porkypig, ou bien encore se jetait contre un mur, se laissant glisser en lançant un "Aaaaaaah!" théâtral, comme peuvent le faire les personnages de dessin animé. Mais il faisait tout cela avec un regard de malice, il avait juste sa façon à lui de me faire comprendre.

L’enfant qui battait des ailes.

Ils ont besoin d’un peu plus de temps, d’attention et de patience que des enfants ordinaires qui, eux, finalement, arriveront vraiment à s’envoler du nid, un jour, pour voler de leurs propres ailes…

Et pour le souvenir...

Rédigé par Marianne Mamagalo

Publié dans #C'est la vie!

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kikiofseahouse 13/03/2014 11:20

NASA, plume m'évoquent parfaitement cette poussière d'étoile dans laquelle ils semblent flotter.
Et merci pour les Belles Stars !

Marianne Mamagalo 14/03/2014 00:48

Ça semble presque poétique dit comme ça, et pourtant je crois que ça ne l'est pas tous les jours pour la famille de ces petites étoiles filantes!