Niveaux de langue

Publié le 8 Mai 2013

Lorsqu’on doit s’exprimer dans une langue que l’on maîtrise mal, cela peut parfois nous jouer des tours, comme, par exemple (ce qui m’est déjà arrivé), quand on emploie des tournures de phrases désuètes ou d’un niveau de langue trop soutenu (tout droit sorti d’une méthode d’apprentissage vieillotte) et qu’on peut apercevoir chez notre interlocuteur un sourire amusé ou une visible incompréhension.

La semaine dernière, j’étais à mon cours de badminton, accompagnée de deux collègues, écoutant avec attention notre prof brésilien, qui expliquait l’exercice qui allait suivre. Puis, lorsqu’il clôt son discours par un sonore « parédon »,  nous nous regardons toutes les trois, l’air abruti dubitatif, nous interrogeant sur le sens de ce dernier mot. Par ailleurs, notre professeur, toujours avide de connaissances, aime qu’on lui dise des mots en français, qu’il répète avec un charmant accent, pendant que nous feignons l’admiration béate de professeurs fiers de leur disciple. J’indique donc à mes collègues que le mot « parédon » doit certainement désigner le mot français « pardon », prononcé à la brésilienne (la lettre r étant bien difficile à prononcer dans ce coin du globe). Nous le corrigeons donc, en bonne maîtresses que nous sommes, lui disant plusieurs fois le mot, correctement énoncé. Notre cher Paulo, s’exécute aimablement, en répétant de façon bien appliquée ce nouveau mot français, si exotique à son oreille. Sur quoi, il nous incite à nous recentrer sur nos exercices, nous désignant le mur contre lequel les autres élèves ont déjà commencé à jouer, et accompagnant son geste d’un clair « parédon »…qui, nous le comprenons alors, voulait dire «paredão », c’est-à-dire : « sur le grand mur » !

Dans la lignée des bourdes linguistiques, on m’a rapporté cette autre anecdote. Avant de laisser sa fille à son cours de piano, une maman de mon entourage discuta un moment avec le professeur brésilien de celle-ci, pour s’informer des progrès de sa progéniture. Le professeur, tout heureux de pouvoir faire montre de ses connaissances dans la langue de Molière, parlait sans retenue avec la maman. Elle caressa même le chien de cette dernière, qu’elle accompagna d’un gentil : « La petite salope ! ». La maman, ravalant sa surprise, sa gêne et son fou rire, laissa sur cette aimable parole, le professeur avec sa fille pour une heure de solfège, de gammes et de déchiffrage de morceaux complexes.

Le soir, de retour à la maison, la jeune fille avoua à sa mère qu’elle aussi, durant le cours, s’était vue gratifiée d’un « petite salope », accompagné d’une amicale tape dans le dos, ce qui n’avait pas manqué de la déstabiliser quelque peu ! Note pour la maman : il faudrait vraiment qu’elle se dévoue pour expliquer le sens peu sympathique de ce mot au professeur de piano !

 Monsieur-Gentil.JPG

Rédigé par mamagalo

Publié dans #Les petits mots choux

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